Au plus près
Résidence et création
2026-06-13Salle de la légion d’honneur à Saint-Denis
Cette partition est le fruit d’une recherche sur la voix dans ses liens possibles avec une œuvre électroacoustique originale (accompagnée de 6 instrumentistes).
Le compositeur a fait le choix de voix « solistes » singulières, celles de ces hommes et de ces femmes anonymes que l’on croise dans la ville sans toujours les entendre, celles de vies intimes restées dans l’ombre.
C’est dans le tissu solidaire et vivant de Saint-Denis que l’œuvre a pris forme, au plus près des réalités humaines : elle est le fruit d’une résidence d’un an auprès de différentes structures sociales et de leurs bénéficiaires ou usagers : la Maison des Femmes, la Maison de la Solidarité, le Secours Populaire, le Secours Catholique, le CCAS, la Trame…
La partition a été conçue avec et par une douzaine de personnes volontaires, au long de nombreux ateliers individuels, aboutissant à la création d’une œuvre musicale unique. Ce travail artistique s’emploie à révéler la personnalité d’interprètes singuliers, devenus solistes, toute l’écriture reposant sur leurs capacités vocales, leur charisme, leurs désirs et leurs aptitudes expressives.
Le processus de recherche individuelle et personnalisée aboutit également à un collectif : autour des 12 solistes, la partition, mixte, est écrite pour flûte, basson, clarinette basse, mandoline, violoncelle, percussions, un chœur de 60 personnes et une création électroacoustique continue.
Au-delà de l’objectif musical, ce projet porte un engagement politique : il s’agit de permettre à ces personnes inscrites dans des vulnérabilités durables de ne pas se confondre avec leurs conditions sociales, quelles qu’elles soient ; au passage l’œuvre questionne la place que nous accordons à l’autre, à sa dignité, à sa puissance expressive, à son rôle.
Résidence
N’ayant pas ou peu de qualification ou d’expérience dans le monde artistique, ces nouveaux « solistes » ont tenté, avec la complicité du compositeur, une recherche autour de leur propre voix ; celle de tous les jours, celle d’un ordinaire qui peut se révéler extraordinaire, celle du quotidien et de sa force poétique, dès lors qu’elle se mobilise et s’engage dans une écriture qui lui est réservée, tendue de façon unique et personnelle.Dans ma nécessité éthique de composer des œuvres à partir de l’existant, d’impliquer l’époque, ses habitants, ses espaces et ses temps - ne serait-ce qu’en raison des aides publiques qui financent ces œuvres, je suis parti à la rencontre de personnes que mes travaux antérieurs, dans les milieux du travail ou du chômage, du soin, de l’éducation, des institutions, carcérales ou autres… ne m’avaient pas permis de croiser. Si l’on ne fait pas le trajet soi-même en direction de ce qui s’expose comme invisible, rien ne se produit : seule la volonté politique est susceptible de nous y conduire.
Un long processus
Je suis allé au contact des personnes sans papier, sans logement, sans emploi… dans les structures qui les accueillent pour diverses raisons (domiciliation, distribution de repas, offre de douche ou de machine à laver, soutiens administratifs…), à travers, à Saint-Denis, la maison de la solidarité, le secours populaire, le secours catholique, les services sociaux et le CCAS, à travers l’association de la Trame… Je suis allé au contact de femmes victimes de violences, invité à des ateliers de pratiques vocales à la Maison des Femmes de Saint-Denis. Au travers de toutes ces structures, des rencontres à la fois fortuites et désireuses se sont produites, qui ont permis les conditions de production d’une œuvre musicale tout à fait singulière, mixte, hybride, complexe artistiquement…
Dans cette partition, écrite à plusieurs, sont ainsi apparus de nouveaux « solistes » !
Nous nous donnons rendez-vous, nous nous proposons de chanter, de sonner, de faire ensemble : à partir de ! Avec ! Nous ne formulons aucun intention, nous faisons : évidemment, personne ne sait lire une partition ; il faut donc inventer l’écriture. Personne ne « sait chanter », il faut donc expérimenter comment le langage peut déraper de l’ordinaire, produire des sons articulés, sans autre moteur que le désir, l’humour parfois, la soif de bienveillance, l’écoute et la surprise.
Le travail artistique doit s’impliquer dans des circonstances qui peuvent ne pas être sécures lorsqu’il se risque à inventer des choses situées.
Naissance d’une œuvre
Peu à peu mais également tout de suite, l’irrationnel pointe son nez, la normalité s’éloigne et l’abstraction l’emporte, en vue de tracer une ligne de fuite sensible et indicible.
Il n’y a ni professeur ni élève, on fait avec soi et rien qu’avec soi ! Beaucoup d’égalité, beaucoup de bienveillance, beaucoup de patience, beaucoup de gratuité.
Les séances sont simples, renouvelées au grès des disponibilités (souvent reportées, la vie se vit au jour le jour), s’enchainent pendant des semaines, créent une relation progressive, sans qu’aucun rapport de place, de posture ou de rôle ne s’immisce dans la durée. Il s’agit de chercher… mais sans rien se demander ; juste exister dans une pratique vocale partagée, doucement inconnue…
Les langues sont un beau support, elles sont pleines de sons et même de bruits musicaux et d’accents étranges. Elles sont pleines de ton aussi !
Donner une visibilité discrète à l’altérité, faire se rencontrer les irrencontrables, aller caresser les limites musicales, donner du sens au présent, sans jugement ni évaluation.
Pour celui-ci, les sons débordent déjà formidablement de son corps, pour celui-là, nous inventerons une description inattendue de sa cabane en langue serbe, ici nous rêvons de témoigner des bruits de la bureaucratie, convoquons Kafka et écoutons les bruits de l’attente, là on se transporte dans un cabaret imaginaire d’Oran, pour se risquer au surréalisme dans le Raï, ailleurs c’est un chant Tamoul qui se décompose, un Fado qui se pare d’électroacoustique, une chanteuse de variété qui se murmure en douce, une femme joyeuse qui se refuse à vivre la tristesse ou le pessimisme, une jeune femme discrète qui veut gagner sur elle-même, conquérir une force qu’elle ne connaît pas encore, être son guide et fuir se secrets, trois autres femmes encore sur le même chemin de la conquête…
Dans la délicatesse, il s’agit de se dépasser, ne pas se divertir, se faire du bien ; reconnaître l’existence des autres, visibiliser la modernité, le pas de côté, l’affection ; ne pas accepter sa condition sociale, les heurts ou les agressions passés : ne pas proposer un concert mais un manifeste : être au plus près !
Il advient naturellement mille questions…
L’isolement et la possession
L’isolement a deux facettes ; il est une quête libératrice et le plus souvent la conséquence d’une soumission à la violence, qu’elle soit institutionnelle, conjoncturelle ou interpersonnelle. Tout semble nous ramener à l’horreur de la possession ! Soit qu’elle nous a détruit soit qu’elle nous fasse croire au salut. C’est le même paradoxe qu’entretient l’idée de sécurité, source de paix, de projection tranquille alors qu’elle introduit le risque et repose sur le fantasme du manque. Tous ces mots sont des leurres car ils font croire à une chose alors qu’en permanence ils en nomment d’autres… Ils nous tendent des pièges constants, nous y tombons et nous nous faisons mal.
Au plus près : proposer une pause dans l’isolement, quel qu’il soit : faire avec nos voix, écrire ensemble, créer une œuvre, s’inventer une collectivité improbable et sereine, capable de nous laisser tranquille.
Au plus près : proposer une pause dans la possession, ses outrances et ses impasses ; nous mettre en condition de dons : dons de biens immatériels qui s’entendent et dont bientôt plus de 500 personnes témoigneront de l’existence.
Au plus près : proposer une pause dans l’insécurité comme dans la sécurité, en créant de la gratuité, un « au jour le jour » qui perdure et peu à peu sédimente des relations inscrites dans une partition.
Au plus près : ne pas faire de pause, bouger, bouger un peu et beaucoup, naturellement…
Ne pas créer de rapports dans les échanges, résister aux places, s’en tenir aux relations, ne pas les laisser introduire insidieusement des commerces, conserver ces relations intactes, inspirées et gratuites.
Ces « solistes » inattendus ne sont pas le sujet, pas plus que je ne le suis. On a un sujet ensemble, qui nous est extérieur et que nous portons en nous : c’est la création musicale. Elle nous aide à ne pas se mêler de nous, de nos vies, de nos états d’âme, de nos supposées différences, de nos passés tragiques et de nos futurs incertains, nous nous battons ensemble dans une direction sensible et chacun y investit l’intimité qu’il veut.
La gratuité
Je voudrais insister mille fois sur l’importance majeure de la gratuité. Pourquoi faut-il toujours faire payer les autres ? Le fait qu’ils soient autres ? Il faut pactiser avec l'altérité. Lutter contre notre narcissisme, prédateur farouche contre autrui. C’est lui qui alimente la panique désespérée de la possession (source primitive du racisme).
Bienheureux, les sons ont cette faculté, de ne pouvoir être possédés, de n’être jamais seuls, de nous suggérer toujours un ailleurs en nous. Suivons les, ils nous offrent une sécurité sans risque, car volatile et immédiate.
Présence - absence / existence - être
Il y a des silences qui signent des replis. Ce n'est pas forcément un repli sur soi : c'est un repli pour soi. Un processus nécessaire pour tenir. Un outil de distanciation, précieux. J’écrivais dans une création précédente « Ce que j’aime avec le silence, c’est qu’on entend tout ce qui se passe ! »
Au jour le jour ! Plus la vie quotidienne est aléatoire, plus le temps se rétrécit, et plus on habite le présent. Et plus ça va mal, plus ça se restreint. Le présent est simultanément un trésor et une impasse, car il est isolé. Le passé et le futur sont deux formes de présents à convoquer, pacifier et construire.
Au plus près… du silence ! Quel paradoxe pour une œuvre musicale ! Pourtant celle-ci le recherche sans cesse, le suggère, le caresse ; rêvant d’être un lieu sensible de la rencontre et de la pensée.
Intérieur - extérieur
Faire communauté demande énormément d'énergie. C'est un effort sur soi, sur les autres. Cela se présente comme très attrayant, comme ce qui pourrait sauver le monde : faire communauté, c'est sortir de soi, aller chercher quelque chose d’universel en soi… avec énergie et conviction. Mais quel travail ! Comment faire pour rejoindre l’autre qui m’accuse déjà d’être autre, moi qui revendique d’être le même, avec seulement des droits identiques. Comment bénéficier de la norme comme tous ? Etre comme les autres – par exemple avoir un logement ! Avoir un toit, c’est tout un branle-bas de combat, le contraire de l’évidence. Allons plus loin : qui peut comprendre réellement ce que signifie de vivre sans papiers ?! Vivre sans-papiers, en sachant que rien ne pourra dans ces conditions advenir dans le futur. Comment fait-on pour vivre avec une plaie ouverte dans son corps, en sachant que rien ne sera simple si l’on ne se défait pas de ce passé meurtrier ?
Chaque jour son combat, entre le dehors et le dedans.
Il en est ainsi des œuvres musicales qui ne naitront jamais en dehors des chemins de traverse complexes.
_______________________
avec
Nicolas Fehrenbach : direction
Amélie Michel, flûte
Antoine Berquet, basson
Fédérico Calvo, mandoline
Ghislain Hervet, clarinette basse
Quentin Dubreuil, percussions
Tomomi Hirano, violoncelle
Solistes
Abdel-Khader Fettane
Alvine Massouoche
Aneena Fernandez
Cat Dos Santos Gomes
Déjan Sokolovic
Eline Harani
Essaadi El Mahfoud
Habiba Bouaziz
Marie-Ange Gnoleba
Mohand Atta
Saloua Sedira
Sarah Nouairi
_______________________
Une production Les Musiques de la Boulangère, avec le soutien de : la Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France – Ministère de la Culture, la Région Ile-de-France, Le Département de la Seine-Saint-Denis, la Ville de Saint-Denis, avec le soutien de l’Académie Fratellini
Photos : Bernard Baudin
Le compositeur a fait le choix de voix « solistes » singulières, celles de ces hommes et de ces femmes anonymes que l’on croise dans la ville sans toujours les entendre, celles de vies intimes restées dans l’ombre.
C’est dans le tissu solidaire et vivant de Saint-Denis que l’œuvre a pris forme, au plus près des réalités humaines : elle est le fruit d’une résidence d’un an auprès de différentes structures sociales et de leurs bénéficiaires ou usagers : la Maison des Femmes, la Maison de la Solidarité, le Secours Populaire, le Secours Catholique, le CCAS, la Trame…
La partition a été conçue avec et par une douzaine de personnes volontaires, au long de nombreux ateliers individuels, aboutissant à la création d’une œuvre musicale unique. Ce travail artistique s’emploie à révéler la personnalité d’interprètes singuliers, devenus solistes, toute l’écriture reposant sur leurs capacités vocales, leur charisme, leurs désirs et leurs aptitudes expressives.
Le processus de recherche individuelle et personnalisée aboutit également à un collectif : autour des 12 solistes, la partition, mixte, est écrite pour flûte, basson, clarinette basse, mandoline, violoncelle, percussions, un chœur de 60 personnes et une création électroacoustique continue.
Au-delà de l’objectif musical, ce projet porte un engagement politique : il s’agit de permettre à ces personnes inscrites dans des vulnérabilités durables de ne pas se confondre avec leurs conditions sociales, quelles qu’elles soient ; au passage l’œuvre questionne la place que nous accordons à l’autre, à sa dignité, à sa puissance expressive, à son rôle.
Résidence
N’ayant pas ou peu de qualification ou d’expérience dans le monde artistique, ces nouveaux « solistes » ont tenté, avec la complicité du compositeur, une recherche autour de leur propre voix ; celle de tous les jours, celle d’un ordinaire qui peut se révéler extraordinaire, celle du quotidien et de sa force poétique, dès lors qu’elle se mobilise et s’engage dans une écriture qui lui est réservée, tendue de façon unique et personnelle.Dans ma nécessité éthique de composer des œuvres à partir de l’existant, d’impliquer l’époque, ses habitants, ses espaces et ses temps - ne serait-ce qu’en raison des aides publiques qui financent ces œuvres, je suis parti à la rencontre de personnes que mes travaux antérieurs, dans les milieux du travail ou du chômage, du soin, de l’éducation, des institutions, carcérales ou autres… ne m’avaient pas permis de croiser. Si l’on ne fait pas le trajet soi-même en direction de ce qui s’expose comme invisible, rien ne se produit : seule la volonté politique est susceptible de nous y conduire.
Un long processus
Je suis allé au contact des personnes sans papier, sans logement, sans emploi… dans les structures qui les accueillent pour diverses raisons (domiciliation, distribution de repas, offre de douche ou de machine à laver, soutiens administratifs…), à travers, à Saint-Denis, la maison de la solidarité, le secours populaire, le secours catholique, les services sociaux et le CCAS, à travers l’association de la Trame… Je suis allé au contact de femmes victimes de violences, invité à des ateliers de pratiques vocales à la Maison des Femmes de Saint-Denis. Au travers de toutes ces structures, des rencontres à la fois fortuites et désireuses se sont produites, qui ont permis les conditions de production d’une œuvre musicale tout à fait singulière, mixte, hybride, complexe artistiquement…
Dans cette partition, écrite à plusieurs, sont ainsi apparus de nouveaux « solistes » !
Nous nous donnons rendez-vous, nous nous proposons de chanter, de sonner, de faire ensemble : à partir de ! Avec ! Nous ne formulons aucun intention, nous faisons : évidemment, personne ne sait lire une partition ; il faut donc inventer l’écriture. Personne ne « sait chanter », il faut donc expérimenter comment le langage peut déraper de l’ordinaire, produire des sons articulés, sans autre moteur que le désir, l’humour parfois, la soif de bienveillance, l’écoute et la surprise.
Le travail artistique doit s’impliquer dans des circonstances qui peuvent ne pas être sécures lorsqu’il se risque à inventer des choses situées.
Naissance d’une œuvre
Peu à peu mais également tout de suite, l’irrationnel pointe son nez, la normalité s’éloigne et l’abstraction l’emporte, en vue de tracer une ligne de fuite sensible et indicible.
Il n’y a ni professeur ni élève, on fait avec soi et rien qu’avec soi ! Beaucoup d’égalité, beaucoup de bienveillance, beaucoup de patience, beaucoup de gratuité.
Les séances sont simples, renouvelées au grès des disponibilités (souvent reportées, la vie se vit au jour le jour), s’enchainent pendant des semaines, créent une relation progressive, sans qu’aucun rapport de place, de posture ou de rôle ne s’immisce dans la durée. Il s’agit de chercher… mais sans rien se demander ; juste exister dans une pratique vocale partagée, doucement inconnue…
Les langues sont un beau support, elles sont pleines de sons et même de bruits musicaux et d’accents étranges. Elles sont pleines de ton aussi !
Donner une visibilité discrète à l’altérité, faire se rencontrer les irrencontrables, aller caresser les limites musicales, donner du sens au présent, sans jugement ni évaluation.
Pour celui-ci, les sons débordent déjà formidablement de son corps, pour celui-là, nous inventerons une description inattendue de sa cabane en langue serbe, ici nous rêvons de témoigner des bruits de la bureaucratie, convoquons Kafka et écoutons les bruits de l’attente, là on se transporte dans un cabaret imaginaire d’Oran, pour se risquer au surréalisme dans le Raï, ailleurs c’est un chant Tamoul qui se décompose, un Fado qui se pare d’électroacoustique, une chanteuse de variété qui se murmure en douce, une femme joyeuse qui se refuse à vivre la tristesse ou le pessimisme, une jeune femme discrète qui veut gagner sur elle-même, conquérir une force qu’elle ne connaît pas encore, être son guide et fuir se secrets, trois autres femmes encore sur le même chemin de la conquête…
Dans la délicatesse, il s’agit de se dépasser, ne pas se divertir, se faire du bien ; reconnaître l’existence des autres, visibiliser la modernité, le pas de côté, l’affection ; ne pas accepter sa condition sociale, les heurts ou les agressions passés : ne pas proposer un concert mais un manifeste : être au plus près !
Il advient naturellement mille questions…
L’isolement et la possession
L’isolement a deux facettes ; il est une quête libératrice et le plus souvent la conséquence d’une soumission à la violence, qu’elle soit institutionnelle, conjoncturelle ou interpersonnelle. Tout semble nous ramener à l’horreur de la possession ! Soit qu’elle nous a détruit soit qu’elle nous fasse croire au salut. C’est le même paradoxe qu’entretient l’idée de sécurité, source de paix, de projection tranquille alors qu’elle introduit le risque et repose sur le fantasme du manque. Tous ces mots sont des leurres car ils font croire à une chose alors qu’en permanence ils en nomment d’autres… Ils nous tendent des pièges constants, nous y tombons et nous nous faisons mal.
Au plus près : proposer une pause dans l’isolement, quel qu’il soit : faire avec nos voix, écrire ensemble, créer une œuvre, s’inventer une collectivité improbable et sereine, capable de nous laisser tranquille.
Au plus près : proposer une pause dans la possession, ses outrances et ses impasses ; nous mettre en condition de dons : dons de biens immatériels qui s’entendent et dont bientôt plus de 500 personnes témoigneront de l’existence.
Au plus près : proposer une pause dans l’insécurité comme dans la sécurité, en créant de la gratuité, un « au jour le jour » qui perdure et peu à peu sédimente des relations inscrites dans une partition.
Au plus près : ne pas faire de pause, bouger, bouger un peu et beaucoup, naturellement…
Ne pas créer de rapports dans les échanges, résister aux places, s’en tenir aux relations, ne pas les laisser introduire insidieusement des commerces, conserver ces relations intactes, inspirées et gratuites.
Ces « solistes » inattendus ne sont pas le sujet, pas plus que je ne le suis. On a un sujet ensemble, qui nous est extérieur et que nous portons en nous : c’est la création musicale. Elle nous aide à ne pas se mêler de nous, de nos vies, de nos états d’âme, de nos supposées différences, de nos passés tragiques et de nos futurs incertains, nous nous battons ensemble dans une direction sensible et chacun y investit l’intimité qu’il veut.
La gratuité
Je voudrais insister mille fois sur l’importance majeure de la gratuité. Pourquoi faut-il toujours faire payer les autres ? Le fait qu’ils soient autres ? Il faut pactiser avec l'altérité. Lutter contre notre narcissisme, prédateur farouche contre autrui. C’est lui qui alimente la panique désespérée de la possession (source primitive du racisme).
Bienheureux, les sons ont cette faculté, de ne pouvoir être possédés, de n’être jamais seuls, de nous suggérer toujours un ailleurs en nous. Suivons les, ils nous offrent une sécurité sans risque, car volatile et immédiate.
Présence - absence / existence - être
Il y a des silences qui signent des replis. Ce n'est pas forcément un repli sur soi : c'est un repli pour soi. Un processus nécessaire pour tenir. Un outil de distanciation, précieux. J’écrivais dans une création précédente « Ce que j’aime avec le silence, c’est qu’on entend tout ce qui se passe ! »
Au jour le jour ! Plus la vie quotidienne est aléatoire, plus le temps se rétrécit, et plus on habite le présent. Et plus ça va mal, plus ça se restreint. Le présent est simultanément un trésor et une impasse, car il est isolé. Le passé et le futur sont deux formes de présents à convoquer, pacifier et construire.
Au plus près… du silence ! Quel paradoxe pour une œuvre musicale ! Pourtant celle-ci le recherche sans cesse, le suggère, le caresse ; rêvant d’être un lieu sensible de la rencontre et de la pensée.
Intérieur - extérieur
Faire communauté demande énormément d'énergie. C'est un effort sur soi, sur les autres. Cela se présente comme très attrayant, comme ce qui pourrait sauver le monde : faire communauté, c'est sortir de soi, aller chercher quelque chose d’universel en soi… avec énergie et conviction. Mais quel travail ! Comment faire pour rejoindre l’autre qui m’accuse déjà d’être autre, moi qui revendique d’être le même, avec seulement des droits identiques. Comment bénéficier de la norme comme tous ? Etre comme les autres – par exemple avoir un logement ! Avoir un toit, c’est tout un branle-bas de combat, le contraire de l’évidence. Allons plus loin : qui peut comprendre réellement ce que signifie de vivre sans papiers ?! Vivre sans-papiers, en sachant que rien ne pourra dans ces conditions advenir dans le futur. Comment fait-on pour vivre avec une plaie ouverte dans son corps, en sachant que rien ne sera simple si l’on ne se défait pas de ce passé meurtrier ?
Chaque jour son combat, entre le dehors et le dedans.
Il en est ainsi des œuvres musicales qui ne naitront jamais en dehors des chemins de traverse complexes.
_______________________
avec
Nicolas Fehrenbach : direction
Amélie Michel, flûte
Antoine Berquet, basson
Fédérico Calvo, mandoline
Ghislain Hervet, clarinette basse
Quentin Dubreuil, percussions
Tomomi Hirano, violoncelle
Solistes
Abdel-Khader Fettane
Alvine Massouoche
Aneena Fernandez
Cat Dos Santos Gomes
Déjan Sokolovic
Eline Harani
Essaadi El Mahfoud
Habiba Bouaziz
Marie-Ange Gnoleba
Mohand Atta
Saloua Sedira
Sarah Nouairi
_______________________
Une production Les Musiques de la Boulangère, avec le soutien de : la Direction régionale des affaires culturelles d’Ile-de-France – Ministère de la Culture, la Région Ile-de-France, Le Département de la Seine-Saint-Denis, la Ville de Saint-Denis, avec le soutien de l’Académie Fratellini
Photos : Bernard Baudin
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Du plus profond
2000Réalisé avec 300 interprètes cubains (Clôture du Festival de Musique Contemporaine de l’Unéac) puis 300 interprètes français (3 villes de...
Deux instants
1999Avec Isabelle Chevalier, organiste et Lucie Jolivet, voix émergenteDans le cadre du Festival du Groupe de Recherche Expérimentale de MarseilleUn...
Un instant
1994Avec Michel Bourcier, Lucie Jolivet et le chœur des Musiques de la BoulangèreCréation inaugurale du nouvel orgue (facteur Daniel Birouste),...
Le ciel m'est monté à la tête
1982Avec Jean-Louis Bindi, baryton, haute-contre, Nathalie Barbey et Lucie Jolivet, soprani, Nancy Daveau, mezzo, Nathalie Carraud et Agnès Bouy, alti...
Hommage aux mots
1987Avec les voix de C. Rich, Kriss, J. Artur, R. Gicquel, M. Morelli, J. Livchine, L. Badie…Œuvre multi-pistes commandée par le ministère de la...
Vous avez la ligne
1981Avec Béatrice Cramoix, soprano, Pierre Danais, ténor - mise en scène : Mireille LarrocheThème : le Réseau, espace de convivialité insolite dans...
La voix des Gens - La Voixthèque
1997Réalisation en parallèle d’une Voixthèque, mémoire sonore de 200 voix du nord de Paris, d’un ACR - Atelier de Création Radiophonique pour...
La voix des gens - Chronique musicale numéro 7
1997Chronique n° 7 Unitude - L’oreille multiple - Paysage dans la duréeJe me suis engagé une 1ère fois… Je n’aurai donc jamais fini !Faire...
La voix des gens - Chronique musicale numéro 6
1997Chronique n° 6 Multitude - L’oreille singulière - Paysage instantanéIl nous reste tant à ouïr !1 voix + 1 voix = 100 000 voix.Chacun de...
La voix des gens - Chronique musicale numéro 5
1997Chronique n° 5 - Déséquilibre et ordre- L’oreille Immobile - Paysage hors de la matièreLes voix volent, le son semble flotter, se fondre et...
La voix des gens - Chronique musicale numéro 4
1997Chronique n° 4 - Équilibre et désordre - L’oreille Mobile - Paysage dans la matièreAller au fond : le temps d’un questionnement sonore qui...
La voix des gens - Chronique musicale numéro 3
1996Chronique n° 3 - déclaration d’existence - l’oreille traversée - paysage dans le paysageDans une immense friche industrielle abandonnée,...
La voix des gens - Chronique musicale numéro 2
1996Chronique n°2 - exposé de l’altérité - l’oreille en dehors - paysage centripèteLes ressources sonores et donc musicales de l’organe vocal...
La voix des gens - Chronique musicale numéro 1
1996Chronique n°1 - prisme mobile - l’oreille en dedans - paysage centrifugeAu cœur de la voix, son corps.La matière, la couleur, la densité, la...
Tout contre
1993Cette partition est dédiée à l'univers urbain, à son environnement sonore, à ses mélanges, ses bruits témoins de ses richesses, ses échanges,...
Paroles de voitures
1984Cette pièce est écrite à partir des enregistrements de l’usine. Parmi la quasi totalité agressive et néfaste des bruits, parfois, perdus,...
Ici ailleurs
2025Cette performance s'inscrit en 2025 dans le cadre du 40ème anniversaire de la naissance du philosophe (2026) et de celui de la mort (2024).Autour...
Un après-midi en chemin
2023Performance musicale et philosophique conçue à l’occasion du 31e anniversaire de la mort de Félix GuattariLe texte qui court est composé d’un...
Barthes performance
2020À l’occasion du 40e anniversaire de la mort de Roland Barthes, le compositeur Nicolas Frize rend hommage au penseur à travers une création qui...
Composition déjouée
2018Un projet du Collège international de philosophie, imaginé par Nicolas Frize et Corinne Enaudeau, en vue de donner résonance au travail de...
Sur le bout de la langue
2016Première édition (2009) : Performance dans le cadre de la création de Nicolas Frize : Je ne sais pas…Dialogue entre neuf personnages parlant...
Conversations inouïes
2010Séance d’invitation à la peinture, au dessin et à la calligraphie abordés comme des “langues vivantes”. Une double interprétation...
La danse des traductions
2010Un présentateur fou introduit et commente des courts-métrages ou extraits de films projetés dans une salle de cinéma. La programmation mêle un...
Ecoute écoute (1)
2008Paysages transportés, forêt sonore, campagne urbaine et couleurs de ville, océan d’oiseaux et de cailloux, voix de silence et éclair de pluie,...
Petites vacances rue Watt
2005Création à partir d’œuvres personnelles et d’œuvres du répertoireAvec Muriel Ferraro (alto), Christophe Laporte (alto), Florian Westphal...
Une histoire de pigeons et de tourterelles
2002Une quarantaine d'enceintes acoustiques sont disposées autour de la Grande Halle, sur le périmètre extérieur, sous les retombées de la toiture...
Li(v)res en scène
2002Mise en scène à l’attention d’un auditoire préparé, de la lecture silencieuse et collective d’une œuvre littéraire choisie et projetée...
Le flux, la coupure et la suspension
1999Présentation dans quatre cafés de quatre villes du 93 d’un travail de quatre mois, comprenant la constitution d’une mémoire sonore de ces...
L'ouïe, le vide et la musique
1998Présentation musicale, sonore, visuelle… alternative le long d’un immense parcours souterrain, faisant suite à un atelier de recherche...
Révolution, je t'aime
1998Création « presque » spontanée pour un ensemble de douze instrumentistes et une foule pensante et chantante.Un hommage aux 30 ans de la Maison...
Champagne majeur
1991Conception pour le stand de France-musique d’un buffet Musical (enregistré), avec des interventions discontinues du choeur d'enfants et des...
Choeurs de Canal
1981Concert flottant ininterrompu : cinq heures de musique sur bande magnétique et vocale (80 choristes), de lumières, d’artifices, et d’animation...
Les maisons chantent
1981Musique en pistes
1979Ensemble d’œuvres sur bande, créées en multi-pistes, vocales et concrètes.Concert électroacoustique en haute montagne.La régie de...
Deux peintures de peintre
1977Première (et dernière) création exclusivement électronique de Nicolas Frize.réalisée lors d'une résidence de deux mois à la faculté de...
Vases communicants
1976Commande du conseil général de la Seine-Saint-Denis pour la cérémonie des voeux annuels : programme musical constitué de pièces musicales...
Au plus près
2026Cette partition est le fruit d’une recherche sur la voix dans ses liens possibles avec une œuvre électroacoustique originale (accompagnée de 6...
Elle s'écoule
2018Une création sur le thème du DESIR - aboutissement d'une résidence de deux ans avec une cinquantaine de jeunes et une trentaine d'interprètes...
être sujets dans son travail
2014Cette manifestation a été inaugurée à la Maison des Métallos (Paris 11e), les 19 et 20 avril 2012, une seconde édition a eu lieu les 23 et 25...
Fenêtres sur Fenêtres
2014L’association met en œuvre un projet d’envergure, sur le thème de la culture et du travail, associant l’établissement pénitentiaire de...
Le Philharmonique des mots
2010Cent « choristes », deux instrumentistes, un chef d’orchestre, une partition, un livret... et une salle.C’est la recette (culinaire) du «...
Dehors au dedans
2009Un ensemble constitué d’une chanteuse alto et d’une vingtaine de musiciens joue sur une scène éclairée par des petites lampes. Des sons...
Maintenant
2006Sur la résidenceA l'invitation de Radio grenouille, le compositeur Nicolas Frize "entre en résidence" à Marseille. Invité à partager sa méthode...
êtres
2006Une résidence simultanée dans 7 villesCe dispositif de création a offert six situations de résidence simultanées au compositeur Nicolas Frize et...
Nos yeux ont des reflets rouges
2002Inspiré du caractère et de la scénographie des opéras populaires de la période de la révolution culturelle chinoise. Avec Nathalie Barbey,...
Incidemment
1998Toute la relation qui va suivre (mais pas seulement elle, parlons aussi de la façon dont chacun advient mais plus encore, de la façon dont le...
T'entends ce que j'entends ?
1993Avec Marie-Claude Vallin, soprano, Jacqueline Cellier, soprano, Luisa Diez, alto, Gisèle Ergol, alto, Marie Valin, comédienne, Jean-Louis-Bindi,...
Passion profane
1991Partition montée avec une trentaine de détenus longues peines dans le cadre d’une résidence de cinq mois du compositeur dans l’établissement....
Composition française
1991Création sur les apports étrangers présents à travers les siècles dans la culture française : ici comme ailleurs, les notes savantes...
Que souffle la tempête
1989Commande de l'établissement public de Cergy-Pontoise, pour la commémoration de l'anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme (création...
Manifeste musical
1989Production organisée en hommage à la Révolution Française, donnée de façon "sauvage" et spontanée, sans autorisation ni aide financièreLe...
Elle est belle
1985Mise en scène Jean-Louis Gros, scénographie Yves Cassagne, Livret de Mathilde La Bardonnie. Orchestre l'Ensemble 2E2M sous la direction de Paul...
Chœurs d'enfants - Marguerite et Boniface
1979« Marguerite et Boniface » à Créteil a marqué la clôture et une sorte d’aboutissement de cette série de créations pour grands chœurs.La...
Chœurs d'enfants - Norbert et Blandine
1978À l’occasion de sa création, l’Atelier Régional de Musique présente le travail que le compositeur Nicolas Frize, conseiller de l’Atelier, a...
Chœurs d'enfants - Léonard et Magali
1977Ce concert est l’aboutissement d’un travail vocal mené pendant deux mois d’animation et de répétitions dans trois écoles primaires de...